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Adolescents et jeunes majeurs ASE : des lieux à réinventer

Les usages des adolescents et jeunes majeurs ASE ont changé. Cet article analyse pourquoi les lieux actuels atteignent leurs limites et ce que cela implique pour les directions.

Mis à jour le

1/2/2026

Depuis plusieurs années, les directions d’organismes gestionnaires de l’ASE constatent une accumulation de tensions au quotidien : conflits dans les lieux de vie, fatigue des équipes, difficultés à maintenir un cadre éducatif stable, sentiment de fonctionner en permanence « en rattrapage ».

Ces difficultés sont souvent analysées sous l’angle éducatif, managérial ou budgétaire. Plus rarement sous un autre angle pourtant déterminant : celui des lieux et de l’immobilier.

Car la réalité est simple, même si elle est inconfortable à regarder en face :
les établissements et logements mobilisés aujourd’hui pour l’ASE ne sont plus toujours adaptés aux usages réels des adolescents et des jeunes majeurs qu’ils accueillent.

Les adolescents et jeunes majeurs sont devenus le cœur de l’ASE

Pendant longtemps, l’ASE a été pensée autour de l’accueil d’enfants.

Les dispositifs, les bâtiments et les organisations ont été structurés en conséquence : forte présence éducative, espaces collectifs centraux, rythmes relativement homogènes.

Cette réalité a profondément évolué.

Aujourd’hui, les adolescents de 11 à 17 ans représentent une part majeure des jeunes accueillis et la prise en charge des jeunes majeurs jusqu’à 21 ans s’est installée durablement dans le paysage. Ces publics cumulent plusieurs caractéristiques structurantes :

  • des parcours souvent discontinus,
  • des besoins d’autonomie progressive,
  • une articulation complexe entre protection, insertion, scolarité et vie quotidienne.

Autrement dit, les établissements n’accueillent plus principalement des enfants, mais des jeunes en transition, à un moment clé de leur construction personnelle.

Cette évolution n’est pas marginale. Elle modifie en profondeur les conditions d’accueil, même lorsque les capacités autorisées restent inchangées.

Des usages qui n’ont plus rien à voir avec ceux d’hier

L’un des angles morts les plus fréquents dans les réflexions stratégiques concerne les usages réels des lieux. Or, ce sont eux qui déterminent, au quotidien, la qualité de l’accompagnement et la soutenabilité des organisations.

Entre protection, autonomie et vie quotidienne

Les adolescents et jeunes majeurs ASE ont besoin à la fois :

  • d’un cadre sécurisant,
  • d’espaces d’intimité,
  • et de marges de liberté pour expérimenter l’autonomie.

Ils doivent pouvoir :

  • travailler ou étudier,
  • gérer des démarches administratives,
  • recevoir parfois des proches,
  • se retirer du collectif quand c’est nécessaire.

Ces usages sont difficilement compatibles avec des bâtiments conçus sur un modèle très institutionnel, où la vie collective prime sur les parcours individualisés.

Des temporalités éclatées

Autre évolution majeure : les rythmes de vie.

Contrairement aux modèles historiques, les jeunes ne vivent plus tous selon un même tempo.

Certains sont scolarisés, d’autres en formation, d’autres encore en emploi ou en recherche d’activité. Les horaires sont décalés, les présences fluctuantes, les entrées et sorties fréquentes.

Ces temporalités éclatées mettent à l’épreuve :

  • les espaces communs,
  • les circulations,
  • la gestion des flux,
  • et la capacité des lieux à absorber des usages simultanés très différents.

Lorsque les bâtiments ne sont pas pensés pour cela, les tensions s’installent mécaniquement.

Quand les bâtiments deviennent des amplificateurs de tension

Le bâti n’est jamais neutre. Il peut apaiser… ou au contraire amplifier les difficultés.

Dans de nombreux établissements ASE, on retrouve des limites récurrentes :

  • espaces communs surdimensionnés ou mal hiérarchisés,
  • chambres conçues comme de simples lieux de couchage,
  • absence de zones intermédiaires permettant de passer du collectif à l’individuel,
  • circulations peu lisibles, génératrices de conflits d’usage.

Ces contraintes architecturales ont des effets très concrets :

  • multiplication des frictions entre jeunes,
  • surcharge émotionnelle pour les équipes,
  • recours accru à des règles compensatoires,
  • sentiment d’usure organisationnelle.

À ce stade, le problème n’est plus uniquement éducatif.
Il touche à l’organisation même des lieux.
Donc à l’immobilier.

Des solutions provisoires devenues structurelles

Face à l’urgence, les organismes gestionnaires font preuve d’une grande capacité d’adaptation.
Réaffectation de locaux, extensions rapides, hébergements diffus, occupation temporaire de bâtiments non conçus pour ces usages : les solutions ne manquent pas.

Le problème n’est pas leur existence.
Le problème est leur durée.

Ce qui devait être provisoire devient souvent permanent, sans remise à plat globale.
Peu à peu, les organisations se retrouvent à gérer un empilement de lieux hétérogènes, avec :

  • des niveaux de qualité très variables,
  • des contraintes d’exploitation élevées,
  • une lisibilité patrimoniale réduite.
Point de vigilance
Les réponses court terme ont des effets long terme sur les équipes, les jeunes et les coûts. Elles figent parfois des situations que l’on n’a jamais réellement choisies.

Ce que ces nouveaux usages interrogent pour les directions

À ce stade, une question centrale se pose pour les directions générales et patrimoniales :

les lieux actuels sont-ils réellement capables d’absorber durablement les usages d’aujourd’hui et de demain ?

Continuer à « faire avec l’existant » peut sembler pragmatique.
Mais cette approche montre rapidement ses limites :

  • elle transfère la tension sur les équipes,
  • elle rigidifie les organisations,
  • elle rend toute anticipation difficile.

Les usages ne sont pas un sujet secondaire ou purement opérationnel.
Ils sont un signal stratégique.

Ils disent quelque chose de l’écart entre :

  • les missions confiées aux organismes,
  • et les outils immobiliers réellement disponibles pour les assumer.

Ce qu’il faut retenir pour les organismes gestionnaires ASE

Pour conclure, quelques points essentiels :

  • Les adolescents et jeunes majeurs sont devenus la norme dans l’ASE.
  • Leurs usages ont profondément évolué.
  • Beaucoup de lieux ne sont plus adaptés à ces réalités.
  • Le bâti influence directement la qualité de l’accompagnement et la soutenabilité des équipes.
  • Les solutions provisoires, lorsqu’elles durent, créent des fragilités structurelles.

Comprendre les usages est une étape indispensable.
Mais tant que le patrimoine est piloté site par site, sans vision d’ensemble, ces tensions continueront de se reproduire.

C’est précisément cette question de vision patrimoniale et de pilotage global que nous aborderons dans le prochain article de la série.

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